Dimanche soir, 17h00, heure de l’est. Je prends mon cellullaire, tiens trois appel des parents et un message vocal. Je l’écoute : “Salut mon grand, on est dimanche il est 16h45, si tu peux me rappeler c’est important et urgent, je vais être à la maison jusqu’à 17h30, sinon appelle moi sur le cell de ta soeur.” Intrigué, je retourne l’appel. Espérons qu’il soit à la maison, je n’ai jamais prit le cell de ma soeur en note, me disant que si je devais lui parler j’appellerais à la maison.
-Salut, tu m’as appelé ?
- Oui…
-…
- J’ai pas de super bonne nouvelles, laisse-moi te raconter ça depuis le début tu vas mieux comprendre.
Les minutes défilent et après avoir commencé l’appel en position debout et de façon plus ou moins attentive, je termine cet appel sous le choc, en petite boule sur mon divan. Mon père vient de m’apprendre que ma soeur est à l’hôpital depuis deux jours, que sa situation est vraiment pas évidente, qu’il y a des risques et que y’a possibilité qu’une greffe soit envisagée pour la sauver de tout ça. Je suis surpris, de toutes les choses que je m’attendais à apprendre celle-ci se plaçait en dernier. Ma soeur, ma petite soeur, aux soins intensifs, presque à l’orée de la mort.
Je me sens profondément impuissant et absent, je me dois d’aller la voir, lui apporter mon support, supporter le reste de ma famille dans cet épreuve. Elle est à 500km de chez moi. Voila quelques jours que je dors mal et que je somnolle durant la journée, que faire ? Prendre la voiture dans cet état et risquer de m’endormir au volant ou d’être innattentif ou attendre le lendemain ? Bien sûr, mon père m’a dit que sa situation s’était un peu stabilisée et que la nuit devrait lui apporter un peu de mieux, mais cela ne me rassurait point.
Néanmoins, je dus me soumettre à passer la nuit à Sherbrooke avant de quitter. Puis, vers 5h00 du matin, dans cette nuit plus ou moins réparatrice, trop occupé à penser à tout ça, je reçois un appel, mes parents. Je réponds subito-presto et mon père me dit : “Oui Nicolas… ta soeur ça ne s’est pas amélioré, elle va être transférée à Montréal, elle part en avion dans quelques instants, elle va être à X hôpital”. Ok! C’est pas bon signe. Dans ma région natale, les hôpitaux sont très bien équipés et peuvent très bien déservir la population, cependant quand les situations s’aggrave les médecins ont tendance à envoyer les patients à Québec, qui est tout proche. Là, c’était pas Québec, mais Montréal. Ça n’annonçait pas grand chose de bon.
Arrivé à Montréal, je m’informe sur l’endroit où je peux trouver ma soeur. On m’indique un numéro, je suis les indications et j’arrive nez à nez avec l’unité des soins intensifs. C’est pas bon du tout. Je m’informe à l’infirmière qui me dit qu’elle n’est toujours pas arrivée en avion. Cela m’inquiète encore plus. Puis, une quarantaine de minutes plus tard elle est arrivée. On me dit que je peux aller la voir.
J’étais sans mot, troublé. Sans défense. Voir ma petite soeur que j’aime tant, celle que je protègerais contre tous les maux de la Terre, celle pour qui j’irais chercher la lune, la voir faible, branchée de tous les côtés et absente de couleurs sur une civière, c’est un choc. Je lui tiens la main et je lui parle un peu, elle est lucide, consciente, mais souffrante. Je ressors 15 minutes plus tard, pensif. Je suis optimiste, j’ai un feeling. Cela va s’arranger, je le vois je le sens.
Mes parents arrivent, on se supporte. Nous ne pouvions voir ma soeur qu’une fois par heure, pendant 15 minutes maximum et pas plus de deux personnes. C’est ainsi que j’allais la voir 1 fois aux deux heures. Parfois elle dormait, parfois elle était réveillée. Jamais en grande forme. Puis, le lendemain, le docteur nous apprend que sa situation s’est améliorée et nous sommes à même de le constater. Elle a reprit des couleurs, elle ne souffre plus vraiment, elle recommence à manger. Elle devrait quitter les soins intensifs bientôt.
Aujourd’hui, elle est dans une chambre à elle et je viens de lui parler. Elle va très bien et son docteur a dit qu’elle pourra peut-être sortir demain. Vous ne pouvez vous imaginez à quel point je suis heureux. Que tout ce malheur, ce stress, cette situation soit terminée et qu’en plus elle n’en gardera aucune séquelle de tout ça, c’est un réconfortant bénéfique. Ce genre d’évènement change les gens, lorsqu’on est hospitalisé de façon grave on doit sûrement voir la vie d’un autre côté à sa sortie, constater sa valeur.
Pour les proches, en ce qui me concerne, cela a changé ma perception de bien des choses. Je n’aurais pas pu accepter de perdre ma petite soeur, je ne sais pas comment j’aurais pu passer au travers cela. Je suis isolé de ma famille depuis 2 ans maintenant, je les vois rarement. Cependant, on reste liés les uns aux autres. Ils peuvent compter sur moi et je peux compter sur eux. Je savais que j’aimais ma famille, mais maintenant je l’ai compris.
Si je vous raconte tout ceci et que je vous fais entrer dans ma vie personnelle c’est pour vous forcer à comprendre que malgré toutes mes petites histoires, théories et expériences sur l’amour, je ne rencontrerai jamais quelqu’un pour qui j’aurai plus d’amour que j’en ai pour mon père, ma mère et ma soeur. Les liens du sang sont impénétrables, sont infaillibles. Cependant, la mort peut parfois venir vous enlever un être cher. C’est pour cette raison que je le dis, n’hésitez jamais à montrer à vos proches que vous les aimez car le jour où vous vous retrouverez devant une situation malheureuse vous pourriez vous en vouloir de ne pas l’avoir fait avant.
Je t’aime ma soeur et je t’aimerai toujours car tu es, avec Maman, la femme de ma vie.
Bill, encore une fois, tu as réussi à venir me toucher “drette là”.
Tu écris merveilleusement bien.
Sandrine xoxo