(NDRL : Ce texte a été écrit en avril 2009. Un texte de fiction qui se veut un peu une métaphore sur les occasions ratées entre deux personnes parce que la situation est complexe ou parce qu’il y a quelqu’un d’autre dans le décor. 1 an plus tard, ça m’attriste de savoir que ce texte me touche beaucoup et me concerne… En fait, j’écris pour faire réfléchir ou toucher les gens, mais je me rends compte que souvent c’est moi qui est le plus touché quand je relis mes textes… narcissisme. On m’a déjà demandé une suite à cette histoire, je le ferai prochainement, j’y pensais, l’inspiration n’y était pas, mais je la sens venir. Bientôt. )
Année 1870. Il est là, seul sur un banc, en plein milieu de la foule agitée de la Gare Montparnasse. Les jambes allongées, les bras déposés, il semble las. Les gens passent devant, derrière, de côté, sans jamais le remarquer. Tout le monde a un train à prendre, pas le temps de prendre le temps. Il y a maintenant 5 heures qu’il attend nerveusement. Il y a quelque temps, elle lui a dit : “Je serai là ne t’inquiète pas”. Il lui a fait confiance, il l’aime, comment ne peut-il pas la croire ?
L’histoire de cet homme est particulière. Un samedi après-midi alors qu’il faisait son marché, il a rencontré une ancienne connaissance. Quelques années les séparaient de leur dernière rencontre, mais c’était comme si cela avait été hier. Les deux sont allés prendre un café, discuter du bon vieux temps, parler du présent. Il commençait à se faire tard lorsqu’elle l’invita chez elle. Ensemble, toute la nuit, ils créèrent l’amour.
Il se réveilla sous l’odeur d’un café fort aromatisé, elle l’attendait toute souriante dans la cuisine. Il savait que quelque chose n’allait pas, son sourire n’était pas le même que la veille. Quelque chose la tourmentait. “J’aurais dû t’en parler avant, mais j’ai un fiancé… nous allons nous marier dans quelques mois.” Ce fut difficile à comprendre pour lui. “Laisse moi te dire une chose : je ne suis plus certain de ma relation avec lui depuis quelques temps”.
Les jours passèrent et ils continuaient à se voir. À se dire de belles choses, à se faire de bonnes choses. Elle lui proposa qu’ils refassent leur vie ensemble, tous les deux, loin de là. Il accepta car il était amoureux d’elle maintenant. Les billets étaient achetés, le départ était dimanche matin.
“Je te rejoindrai dimanche matin, je dois cependant régler quelques détails avec mon fiancé avant cela. Je serai là ne t”inquiète pas.” Ce fût ses dernières paroles.
Il est là sur le quai au milieu de la foule de la gare Montparnasse. À errer dans son esprit, à tenter de comprendre. Il ne désespère pas, il a confiance en elle. Malgré celà, il est humain et il se questionne; il s’imagine des choses. Il la voit dans les bras de son fiancé, l’embrasser, le caresser. Il s’imagine qu’elle a décidé de rester finalement.
Il n’y pense pas trop car ce genre de réflexions rend morose, rend malheureux, mais après trois départs ratés et une journée à attendre sa dulciné, il ne se fait plus d’illusions.
Le plus triste dans cette histoire c’est que même si les années et les siècles passent, que les trains à vapeur ont prit le chemin de la combustion puis de l’électricité, que certaines gares sont devenus des stations de métro ou de TGV, il y a une chose qui reste : dans chaque gare il y aura toujours un homme seul à attendre en vain son amoureuse. Il y aura toujours un couple fantôme qui ratera le train de la vie.